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Mademoiselle, votre plaidoyer s'il vous plaît.

"Amoureuse."

 

(Notre relation épistolaire est riche! Des SMS? Il s'en accumule des centaines, plus d'un millier dans mon cellulaire et j'en efface en plus!

C'est la même chose via le réseau social. Là aussi, il s'accumule des centaines de répliques. J'en efface souvent.

Beaucoup.

Je n'en viens plus à bout.

Je m'essouffle d'effacer.

Vilaine ou prudente, je ne respecte pas les règles.

"Efface" ...me rappelles-tu chaque fois que l'on termine un clavardage.

"Efface" ... t'écris-je parfois pour te rassurer ou me faire soi-disant docile.

 

J'effacerai bien quand j'en aurai envie.

 

Si je ne m'appartiens plus, bien le petit rectangle qui se tient à une main, je garderai bien le contrôle dessus. C'est tout ce qui me reste de moi-même, je n'en ai pas de gêne.

Moi aussi, je t'écris souvent. Beaucoup. Puis j'efface mes propres textos. Je filtre ce que je détruis, ce que je garde. Je garde dans ma mémoire pratiquement tout. Je garde le souvenir des discussions que je juge significatives. En relisant tes SMS qui traînent dans mon cellulaire, souvent, je peux me souvenir du contexte, du lieu où je me trouvais quand on a clavardé. Dans mes souvenirs, j'ai l'historique de l'historique des SMS qui s'accumulent dans mon téléphone.

Au début j'effaçais tout par solidarité et gros bon sens. Puis j'ai effacé certains passages et en ai gardé certains pour les relire par pur plaisir. Parce que c'est beau, c'est doux ces échanges entre amoureux, parce que tes écrits me font du bien, me font sourire. J'adore ta spontanéité et ton imagination, tu sais me surprendre. Puis, j'ai cessé d'effacer de façon massive les moins beaux passages. C'est maintenant ton portrait authentique qui se trouve dans mon cellulaire. Je relis parfois ces moins beaux messages pour me sortir la tête des nuages. Ça ne fonctionne pas tout le temps, j'ai l'excuse facile à ton égard et je finis par les faire exploser. Ces messages vides, impolis et destructeurs que tu m'envoies ne sont pas destinés à me faire disparaître... C'est que ta spontanéité te fait dire n'importe quoi. T'es pas méchant, t'es inconscient. J'ai la tête en hélium.

En même temps, de plus en plus, j'ai peur de toi. Et si t'étais sénile? Et si tout ça se retournait contre moi? Peut-on se faire accuser d'aimer éperdument? Entre nous, ce n'est pas un amour à sens unique. Alors je garde quelques écrits. Quelques? Beaucoup en fait. Je ne te connais peut-être pas, je ne te connais peut-être plus.

Est-ce qu'après avoir achevé de me tuer, tu voudras montrer à tous combien j'étais éprise de toi?

Ou combien je pouvais te parasiter?

Tu voudras peut-être sauver la peau de tes fesses? Personne ne t'en voudras.

Mais sur le banc des accusés, je saurai sauver la mienne. Personne ne m'en voudra.

Ces traces, c'est pour ma protection. Au cas où. Parce que... Je ne fais rien de mal. Comme toi, je suis amoureuse c'est tout.)

 

 

"Je n'ai rien à ajouter."