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On est au beau milieu du printemps.

Le printemps est la saison toute indiquée pour le ménage. On nettoie tout, on nettoie partout. Même aux endroits les plus reculés. Les plus motivés feront un jeûne pour se purifier l'intéreur.

Les journaux eux, ne manquent pas de nous rappeler quelques méthodes à adopter pour réussir cette tâche d'épuration. On suggérera des régimes, des produits nettoyants et des méthodes et on ira jusqu'à nous parler de nos fréquentations. Le ménage, ça se fait aussi dans notre entourage. Ainsi, au printemps, vient toujours un samedi matin où en ouvrant la tablette, apparaît un article qui aborde le sujet des relations toxiques ou de la mythomanie. Cette année-là, ce matin-là, c'est de la mythomanie dont il est question.

On y raconte l'histoire d'un fin parleur.

Pas un amoureux comme toi. 

Et de sa copine qui se fait entourlouper.

Pas une amoureuse comme moi.

 

Ce jour-là, j'ai lu l'article, stupéfaite d'apprendre que quelqu'un pouvait être trompé de la sorte. Quel culot il a!  Dans ces histoires de mensonges, rares sont les cas où l'amour est absent. Il est à sens unique et mêne à une impasse. Un profiteur-fin-menteur et un mouton amoureux. D'un côté, ces histoires sont doucement montées, reçues, bercées par un fond de doux sentiments aux yeux du mouton. Au revers, elles sont garochées par un profiteur prêt à lancer sa claque et de prodiguer la saignée avant de couvrir sa victime de doux baisers et de paroles à se laisser choir.

L'amour est plus fort que tout. Et l'amour rend aveugle. Il rend sourd aussi. Celle qui tombe sous le charme du raconteur est capable de croire les rumeurs jusqu'à ce qu'elles aient l'apparence d'une évidence. Ce n'est pas mon cas. Certes je suis charmée et profondément amoureuse mais nous, ce n'est pas à sens unique.

C'est bien évident...

Toi, tu m'aimes.

Tu me l'as dit déjà. Plein de fois. Et je suis ta Babe, ta Babybabe. Ces mots ne sortent plus de ta bouche ni de tes doigts mais c'est parce qu'on le sait tous les deux. C'est parce qu'on le sait...

Tu me l'as dit aussi...

"Je ne cherche pas une aventure.

Un jour, on restera ensemble.

C'est toi que j'aime Babybabe.

Les enfants au parc, je les adopterais tous.

..."

 

Puis...

"Je ne serai jamais ton conjoint.

Je ne resterai pas avec toi.

Je suis bien chez moi, je l'aime.

Je ne peux pas supporter les enfants des autres.

..."

Ça sort d'où ces revers? Blagueur que tu es. Regarde-toi faire. T'es amoureux fini. Tes babines ne suivent pas tes bottines.

 

Je me questionne quand même. Est-ce que tu pourrais être mythomane? Franchement. Je suis analytique à l'extrême, je m'en rends bien compte. J'exagère. Ce n'est pas ça du tout. Du coup, je me place en mode "à la légère"... Ah pis je m'en contre fou. Je les aime tes histoires. Je les crois tes histoires. Tes histoires. Seulement celles qui me plaisent. Toutes en fait. Elles me plaisent toutes. Les vraies comme les blagues.

Ta sénilité, tes hauts et tes bas, tes incongruences, tes mensonges et volte-faces... J'accepte tout ça les yeux fermés, la langue tatouée et la bouche close.

Jusqu'au noyau de chacune de mes cellules, tu m'habites.

Je n'ai pas peur de ta sénilité. Je t'aime au plus profond de mon être. À en perdre la raison.

Mais ce n'est qu'une rumeur, je ne perds pas la raison.

 

Le Joker, je le laisse s'amuser, il est libre dans ma cour. Observatrice, admiratrice, je le regarde faire son numéro sans le juger.

Il est la source de mes joies profondes, de mes grands bonheurs, de mes peines et mes rages. Certes.

J'ai peut-être peur de me faire entourlouper mais dans le fond, de toute façon, je n'existe plus.

Parfois, moi-même je joue quand je cris derrière la porte close de la salle de bain du sous-sol ou dans ma voiture sur l'autoroute : FUCK YOU, FUCK YOU, FUUCK YOUU Babe. Pourquoi t'es parti.

 

Dans le fond de moi-même je ne sais pas ce qui me sort du corps quand je fais ça mais faut que ça sorte. Ces mots ne sortiront jamais de ma bouche quand tu seras devant moi et mes doigts ne danseront jamais ces pas sur mon cellulaire avant de cliquer "envoyer". Ce ne sera jamais une rumeur. Jamais je ne vais t'entourlouper. Jamais.

 

T'es pas menteur, moi non plus.

T'es blagueur, moi non plus.