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J'ai tout planifié d'avance. Le 14 février 2014, ce n'est pas pour rien que tous mes rendez-vous sont prévus dans la ville du Nord où tu travailles. C'est que cette journée-là, je tiens à la passer près de toi. Tous mes rendez-vous de la journée sont à quelques kilomètres tout au plus de ton lieu de travail. Ce jour-là, je vais te respirer my Love. Et on se verra...

Comme à tous les matins mais particulièrement celui-là, j'ai pris soin de bien choisir mes vêtements, je me suis coiffée et maquillée pour me sentir plus que présentable. J'ai certainement 30 à 40 minutes de route pour me rendre à mon premier rendez-vous. Je suis partie de chez moi heureuse, seraine et excitée de me diriger dans ce secteur du Nord où je serai près de toi. J'ai fait quelques coins de rue et j'ai tout bousillé : j'ai fondu en larmes. Souhaitant te voir plus que tout, jusqu'au plus profond de ma cage thoracique, j'espère ton souffle! Et j'ai peur de recevoir de l'air. Je ne veux pas seulement te voir en fait. Je veux te tenir dans mes bras. Mais je ne veux pas seulement te tenir dans mes bras, je veux te serrer fort à ne plus pouvoir desserer mes bras autour de toi. Et il n'y a rien de plus incertain. Parce que je n'ai pas de tes nouvelles.

Peu importe, j'ai visité des clients au ralenti, cette journée bien spéciale étant mentalement dédiée à tout l'amour que je te porte.

Et tu m'aimes aussi parce que ça se ressent. Ça se voit même si je ne te vois pas; tu reviens toujours.

Ce matin-là, je me souviens exactement où j'étais. Rue St-Georges. Stationnée devant un parcomètre. À distance de marche de ton lieu de travail. Quand tu m'as texté...

"T'es où?" (Un classique.)

Puis...

"On se voit?" (Un cadeau!)

Je m'étire le cou et avance mon dos bien droit pour me regarder dans le rétroviseur. Puis je place ma main droite sur le rétroviseur et je le descends quelque peu pour mieux me voir. Je vois d'abord mes cheveux tirés vers l'arrière, coiffée de façon bien ordinaire. Puis mon regard démaquillé, mes yeux éteints. Mes joues creuses aussi. Je suis naturelle, éteinte, terne. Tu ne veux pas me voir ainsi. Je ne veux pas que tu me voies si blème et fadasse. Si t'as le même point de vue que celui que me renvoit le rétroviseur, tu vas me trouver laide toi aussi. Alors je m'achève...

 

"Non, je ne peux pas"

 

Je sens que je te déçois. Comme si je te devais ça. Comme si c'était un incontournable ce jour-là que nous nous voyions. C'est la journée des amoureux pourtant! On s'aime profondément pourtant! Mais toi, toi, tu ne me verras plus quand je serai laide. Je ne me montrerai pas, en fait, je ne me montrai plus sans artifices comme avant, démaquillée ou mal coiffée. Tu n'as plus ce statut à qui je suis ouverte à me montrer au naturel. Démunie, démolie, peinée, laide, laide comme je le suis tous les jours. Si je ne te croise pas entre 8h30 et 9h15, c'est trop tard. Alors c'est trop tard.

 

(Joyeuse St-Valentin Babe que je love et que je désire et que je vois dans ma soupe!!! ...ma soupe aux larmes.)

 

C'est moi qui a tenu la tranche ce jour-là. Pas certaine que ça t'aie blessé. C'est de ma faute si je suis laide. Je n'avais pas mieux à faire que de disparaître. Je suis passée au prochain rendez-vous branchée au respirateur artificiel.

 

Ce soir-là, j'étais vidée. Morte. C'est de ma faute si je ne t'ai pas vu. Pour une fois que tu m'invitais à le faire. J'ai tout bousillé.

 

La fille dans sa voiture garée rue St-Georges n'est pas juste laide, elle est stupide en plus.

 

Stupide.