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Il y a déjà plein de monde quand on entre chez vous ce soir-là, le 24 décembre 2013.

"Joyeux Noël!"

(Je suis incapable de t'appeler par ton prénom, ça appartient aux autres.)

On s'embrasse sur les joues poliment pour se souhaiter la bienvenue, comme tous les autres.

(Tu sens bon Babe.)

 

Quelques jours auparavant, je nous ai magasiné un robe. Ce soir, toute chic et maquillée, chic et de bon goût avec une robe de couleur argentée, quelques paillettes délicates pour ajouter un brin d'étincelant sur le tricot, longueur sous le genou, col rond et bretelles larges à l'épaule, bas de nylon et talons hauts. Je crois... Je crois que je suis élégante. Et toi...

T'es élégant! Un cadeau! T'es tellement beau! Si je reste calme de l'extérieur, à l'intérieur, je tachycarde! C'est la foire dans ma cage! Ma respiration s'active, les éternels papillons de mon estomac aussi. J'ai l'impression de voler. Ils sont étranges ces sentiments... C'est à la fois si appaisant d'être en ta présence et si déboussolant d'être l'un pour l'autre que des amis ce soir! Quel rôle stupide! Quelle comédie imbécile!

On n'est pas amis, on est amoureux. D'ailleurs tu es beau mais ce n'est rien de comparable à ta présence, comment tu bouges, comment tu t'affaires à faire tout ce qui te passe par la tête...

Tout ce qui te passe par la tête oui...

Tout ce qui te passe par le coeur aussi...

Puis par ta tête...

Jusqu'au bout de tes doigts...

 

En te dirigeant vers la salle à manger où tout le monde se trouve et devant laquelle je fais face, tu arrives derrière moi et tu me pinces doucement une fesse. Je suis exactement là où j'ai envie d'être my Love. Exactement là où j'ai envie d'être. Si certains regardaient dans notre direction au même moment, ils n'ont rien vu. Je n'ai pas sursauté, je suis restée bien droite, ta main sur mes fesses, elle y a bien sa place. On est champion de la subtilité toi et moi. (Mais... Quelle témérité tu as!)

Ça arrivera à au moins trois reprises durant la soirée. Si objectivement je peux trouver cette action déplacée, il n'en est rien quand il est question que tu poses tes mains sur moi. Je perds tout jugement, fais ce que tu veux, je suis d'accord. J'adore ça. Comme ma cage t'appartient, mes fesses sont les tiennes.

 

En bon organisateur que tu es, à un moment donné, tu invites tous les convives à jouer dehors. Tous te suivent à l'exception de mon amie de fille (raison pour laquelle je me retrouve chez toi en ce moment) et ta conjointe qui elles, sont des amies assez proches, des confidentes. J'ai fait le bon choix. Elles restent à discuter à la salle à manger, des discussions que je n'ai pas envie d'entendre. Quand on tombe dans les confidences, tout ce qui te dit à ton égard, en bon ou non, ça me touche. Je ne me trompe certainement pas en pensant que l'une parlera de sa vie de couple tandis que l'autre parlera de son fils adolescent qui la fuit. Quelle tristesse.

 

Les cerveaux bien oxygénés, tout le monde revient à l'intérieur se réchauffer. Les gens se dispersent. On se retrouve seuls dans la cuisine. Je te prendrais dans mes bras, t'embrasserais sur la bouche, glisserait mes mains dans tes cheveux, le long de ton dos, sur tes fesses, respirerais tout ton souffle pour te libérer de ton asthme et glisserais ma langue contre la tienne pour te reprendre quelques molécules de vin mauvaises pour ton taux de sucre. Je te sauverais la vie. Je croiserais les doigts de ma main gauche avec les doigts de ta main droite. Je te dirais tout bas en te regardant dans les yeux "ça fait du bien". Et je te tiendrais fort dans mes bras si fort... pour que plus jamais on ne se sépare. On n'aurait rien à dire toi et moi. Ils apprendraient tous qu'ils sont bernés et au milieu des convives scandalisés... Nos conjoints indifférents. Incrédules. Ébranlé. Surpris. Libérée. Un peu tristes peut-être. Une situation disfonctionnelle en fait. Mais je ne veux pas de scandale, ni me mêler de ce qui ne me regarde pas alors je ne reste pas là seule en ta présence. Je suis en mode retenue et je ne tiendrai pas le coup plus de trois minutes. Je termine ma coupe dans laquelle il reste deux gorgées de vin rouge et je descends rejoindre les autres. Tu me regardes descendre (cesse de me regarder stp, je file mal et me concentre pour ne pas trébucher) je t'invite à descendre aussi mais tu ne suis pas. Au rythme où je descends les marches, tu me retires ma robe du regard.

Prenant place à côté de ta conjointe, tu es observé par la fille dans sa robe silver bien assise sur tes empreintes. Aucun contact entre vous deux. Je suis attitrée à une mission : trouver une faille dans ton comportement. Pourtant, au final, je n'y vois aucune faille sinon je suis moi-même bernée.

Fin de soirée, l'échange de cadeaux! T'as d'affaire à monter quand elle t'appelle du haut des escaliers. Je t'ai déjà dit que la journée où je serai en colère contre toi, je t'appellerai par ton nom au complet (prénom suivi de ton nom). Je ne saisis pas trop ce qu'il en est mais elle défile ton nom au complet du haut de l'escalier. T'es pourtant le seul à porter ce prénom dans la maison. Ça te déplaît je le sais mais t'es doux. Ça me touche cette scène.

Il se fait tard. Fatiguée de me tenir à distance de toi, le mode retenue m'épuise. Je me dirige à la salle d'eau pour passer un léger débordement de peine. C'est assez. On s'en va. On s'en va...

"Merci pour la soirée, merci pour tout." Des becs sur les joues, une accolade légère, acceptable.

 

Exténuée... Étendue sur le lit du 2e, face à la fenêtre, les jambes sur la couture du matelas, tout bas...

"Bonne nuit Babe. Joyeux Noël mon grand Amour, celui de ma vie"

 

Je sais que tu dors déjà.