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Alors je les enfilées.

 

Mon travail m'oblige à me concentrer à la tâche tandis que tu me textes... tous les jours maintenant. Tous les jours tu me demandes où je suis...

"Tu es où", "Tu es où", "Tu es où"... Ce message apparaît comme un automatisme sur l'écran de mon cellulaire. Sans point d'interrogation la plupart du temps. C'est une question qui ne veut rien dire. Ce n'est peut-être pas une question mais je réponds, je réponds toujours. Et si je te demande pourquoi tu veux savoir où je suis... "Pour rien" me dis-tu. Mais je n'en crois rien. Personne n'a de temps à perdre de la sorte. Tu veux savoir si je respire encore? Tu veux savoir si je suis occupée? Où je suis? C'est pour savoir si je suis assez proche de toi pour ainsi capter les molécules de ton souffle? Pour savoir si c'est bien de mes vêtements que provient ce parfum soufflé par le vent jusqu'à toi... C'est ça? Je ne comprends rien.

T'es mon Amour alors je fais quoi si tu m'écris? Je réponds! Ça va de soi! La fille qui n'écoute pas son coeur, sa tête, c'est la voisine, c'est ta voisine. Pas moi. Je suis intègre jusqu'au bout des ongles. Je réponds parce que j'adhère à : "Ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu'on te fasse." Et s'il y a quelque chose sur la terre que je me refuserai de faire c'est bien d'étendre un drap blanc sur les textos de mon Babe de Mec. Je vais te répondre jusqu'à ce que tu t'en lasses. Je ne porterai pas la responsabilité d'avoir mis un terme à nous deux. Il est fort cet Amour que je ressens à ton égard!

Puis il y a eu de nouveau cette fois où m'envoies des becs à la 16, je le sais que tu m'aimes. Je suis rassurée, attendrie. T'as des obligations mais au fond de ton coeur, ça scintille. Je comprends la difficulté de la situation mais on est amoureux!

Et tu ne te lasses pas de me texter. Tu me textes et je réponds. Aussi, je surveille le voyant lumineux de mon téléphone aux trois secondes lorsque je suis dans ma voiture et je glisse la main dans la poche de mon manteau quand je suis chez des clients pour sentir la vibration du téléphone advenant que tu me texterais. En fait, je suis tellement liée à mon cellulaire que sans même avoir la main dessus, je saurais entendre le son de la simple vibration en pleine réunion. Je ferais alors semblant d'être attentive sans l'être vraiment, comme je le fais tout le temps. Je ne sais pas comment je peux arriver à exécuter correctement mes fonctions, je suis certainement une Wonder Woman. C'est ça, je suis une Wonder Woman et mon téléphone est une partie de moi-même parce que tu m'habites constamment.

Considérant le caractère passager de ces communications, parfois je ressens une lassitude face à ces messages répétitifs. Je suis sur mon élan de femme amoureuse mais il n'y a rien au bout de tout ça. Il y a toi en fait mais tu ne deviens qu'une carcasse à ne pas pouvoir ou ne pas vouloir davantage de nous deux. Tu passes ainsi comme une étincelle sur mon cellulaire puis tu t'éteins. Je ne comprends plus rien de ce qui se passe.

Pourtant, chaque jour, je dépose gentiment mon cellulaire à côté du siège de ma voiture dans laquelle je prends place.

Puis quelque part en matinée, il y a ce moment où je vois le voyant lumineux qui s'allume et j'entends le tintement de mon cellulaire qui suit une fraction de seconde plus tard et je sais que c'est toi. Et ça me fait du bien, je suis complète quand je sais que tu penses à moi.

Je regarde le message toujours sans tarder parce que ça me plaît que tu m'écrives.

Puis j'ai peur que tu m'envoies un "Tu es où" qui ne veut rien dire car ça me rappelle ton indifférence.

Alors je ne t'écris plus si ce n'est pour répondre à un de tes textos d'abord. Usant ainsi de ma liberté, les menottes détachées, je me sens bien.

Parce que dans le fond, t'en a rien à foutre d'où je suis.

Je ne comprends pas pourquoi toujours cette question... Tu délires ma foi! Tu dois t'imaginer que je t'attends comme une stupide groupie qui t'espionnerait cachée à proximité de chez toi. Je t'imagine sortant de ton lieu de travail balayant du regard l'environnement de gauche à droite en te demandant où je me cache pour te surveiller.

Il n'en est rien.

Suivant mon cycle personnel, il y a de ces jours où un élan de bonheur m'envahi à la simple apparition de ton numéro de cellulaire sur le mien. Tu veux juste savoir si je respire encore je crois car ce n'est qu'une communication légère et passagère. J'adhère à la simplicité amoureuse volontaire.

Puis il y a de ces jours où j'ai envie d'avoir de tes nouvelles mais je n'en reçois pas. Ton numéro de cellulaire n'apparaît pas sur le mien. Tu ne veux pas savoir si je respire encore. Je suis sous-aimée.

Je m'ennuie de toi terriblement dans le fond mais je tente d'étouffer cet ennui.

Je pleure souvent. Tous les jours en fait.

Je me démaquille à l'eau salée et aux mouchoirs tous les matins avant même de mettre les pieds chez mon premier client. Parfois j'achève le démaquillage entre le premier et le deuxième client. Cette tristesse devient routinière. Je souffre constamment. J'épuise ma peine en vidant les dernières larmes de mon corps à chaque fin de journée entre mon dernier client et le quartier général.

 

Bizarrement ou tristement, vient un temps où ça ne me plaît plus de voir ton numéro sur mon cellulaire. Je le dépose maintenant chaque jour face contre le plancher de la voiture.

 

Puis soudainement j'entends le tintement du cellulaire. Je vois que c'est bien toi.

Alors j'hurle de douleur, de rage, et je tremble.

Je te supplies de me laisser tranquille en déposant rudement mon cellulaire face contre le siège passager du véhicule.

Passent quelques minutes puis te réponds, calme et sereine, heureuse de croire que cette fois-ci, ce n'est pas pour rien que tu me contactes. Juste au cas où...

 

Puis je réalise que tu n'as rien à me dire.

 

Je ne suis rien.

Quand tu me contactes pour rien.

 

Laisse-moi.

Laisse-moi tranquille.

Garde le silence.

Jusqu'à l'oubli.

 

Pars avec elles... Tiens tes menottes.