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Amélie. Pleine d'espoir, elle l'espère et le désire. Elle le regarde, il la regarde puis lui tourne le dos en dirigeant son regard vers sa tasse de café. Elle se liquéfie. Processus alternatif :

Étape 1, texto initial, préparation :

"On devra se voir very soon pour un frenchkiss et pour que j'abuse de ton body" (Mais mon body, il est à nous Babe.) J'ai le rythme cardiaque qui s'emporte. Puis tu m'embrasses à la trois. Je te t'embrasse à la trois avec les doigts puis à la dix en pensée et ils viennent tous de mon ventre. Je suis heureuse.

Étape 2, renforcement, analyse du timming et action :

Quelques jours plus tard, sur l'écran de mon cellulaire, s'affiche un message qui m'emballe : "On se vera soon, Baby."

J'ai peur d'y croire pour rien, vraiment peur, mais tout ça s'enligne pour être aujourd'hui et tu me rassures. On se verra, le timming est bon. Tu poursuis : "Je veux oui".

Alors je jubile. Tout ce que j'entreprends en attendant de tes nouvelles c'est juste pour faire passer le temps. Je ne suis capable d'aucune concentration, toutes mes fonctions sont en suspend. Je suis occupée à attendre le signal de ma moitié, de mon Mec.

Ainsi passe le temps, ainsi passent... trois heures.

Je te pose la question via texto : "Alors, on se voit?"

Étape 3, mettre au pied du mur :

Tu poursuis : "J'ai couru ce matin et j'ai eu 10 minutes pour déjeuner". Je comprends que tu dois aller dîner. Je ne dîne jamais alors je considère ce détail anodin mais c'est nécessaire, je le sais. Tu prends soin de toi, alors j'aime ça. Je te laisse aller dîner.

Les minutes passent... cinq, dix minutes puis des demi-heures... trois demi-heures. Mon rythme cardiaque commence à ralentir. J'ai les traits du visage qui s'assombrissent mais je garde profondément espoir.

"On se voit?"

Étape 4, s'expliquer et en rire :

"Non miss. Je suis pressé par le temps. Je suis à la maison, je ramasse un peu. lol"...

Étape 5, s'esquiver rapidement :

"Ciao Sexy xxx"

"Ok, je comprends. (Sauf le "lol" mais c'est sans doute une maladresse de ta part.) Ciao Babe xxx"

Je comprends. (Je comprends?) Je suis bien douce à ton égard. Devant toi, je sais m'encadrer entre le comble de la compréhension et du raisonnable. Dans le fond, je suis blessée d'avoir souhaité si ardemment te voir, d'avoir eu confiance, d'avoir attendu si longtemps et souhaité avec une telle envie le moment de te regarder dans les yeux. Juste te regarder dans les yeux et tenir ta main et que tu me prennes dans tes bras le temps d'une étreinte. Juste une courte étreinte le temps que je respire subtilement mais si profondément ton souffle et que je reparte avec et que tu repartes avec l'odeur de l'assouplisseur que tu aimes bien. Juste le temps aussi de se tourner le dos, puis de revenir l'un vers l'autre avant de se laisser pour que se fondent l'un dans l'autre encore une fois nos regards et pour échanger quelques mots. Juste le temps de frôler ma langue sur tes lèvres cousues et de toucher tes poignets rougis par les liens. Puis te regarder partir à travers un tsunami impossible à retenir.

L'espoir de te voir, mon coeur, mes envies profondes, mes désirs... J'ai jubilé. Tu n'as rien vu ou t'as fait fi de ne rien voir. Pourtant, je jubilais pour vrai tandis que tu touchais ma corde sensible. Mon coeur a tambouriné ma cage pendant plus de quatre heures avant qu'on me largue. Je suis épuisée, anéantie. Humiliée aussi. Je suis démolie, désemparée.

Étape 6, fin du processus et liquéfaction :

Il ne me reste pas tout-à-fait une heure pour aller me vider le coeur ou ce qu'il en reste. Je vérifie que les fenêtres soient bien fermées (j'ai peur que mes voisins entendent mon désastre). En descendant l'escalier qui mène dans ma chambre au sous-sol, je me désintègre. Dans mon oreiller, je crie ma douleur et je plonge dans l'affliction. Liquéfaction.

Je pleure jusqu'à ce qu'il ne reste plus que 15 minutes avant que ma fille rentre de l'école. 15 minutes pour sécher mes larmes et me donner l'air d'une maman heureuse. 15 minutes c'est peu... Quand on s'effondre comme une flaque, ça représente tout un défi que de se remettre sur pied.

 

*Amélie Poulain. Le fabuleux destin d'Amélie Poulain.