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Au-dessus de ma tête, deux étages plus haut, mon conjoint-coloc-gentil insiste pour que je revienne dans la chambre dormir confortablement. 

Les traits de la peine qui m'habite constamment me donnent un air fatigué je crois. 

Il m'invite alors à reprendre ma place dans le lit, dans ce lit qui n'est plus le nôtre en fait. Il se préoccupe de mon bien et tient à ce que je sois reposée avant le début de mon nouvel emploi.

Je le pointe alors du doigt, le regarde dans les yeux :

"D'accord, mais on ne se TOUCHE PAS c'est compris? On érigera un mur entre nous."

Je ne suis pas infidèle et ne le serai ou ne le deviendrai certainement pas. Pas question que je passe par là. Je ne serais pas confortable dans les bras d'un autre que toi mon Mec. Alors mon message est clair.

Il est hyper respectueux mon conjoint-coloc, et on s'entend là-dessus, chacun son côté. Au fond de lui, il ne veut que mon bien et la paix des enfants qui se questionnent depuis des mois sur mon retrait au sous-sol chaque soir.

Je monte mes draps et mon oreiller, m'étends sur le lit, dos à lui pour ne pas le respirer. Je m'éloigne de lui le plus possible de sorte que je sens la couture du rebord du matelas sous mes jambes. Sur l'oreiller d'à côté, mon conjoint-coloc-respectueux.

Je ferme les yeux et sussure en direction de la fenêtre de chambre... "Bonne nuit Babe". (Pourquoi tu ne viens pas me chercher?) Ce soir-là, ma taie d'oreiller s'imbibe d'eau salée tandis que je me préoccupe à partir de maintenant, de ne pas faire de bruit en pleurant. J'ai le ventre serré, la gorge nouée, je m'ennuie de toi et j'ai mal partout sous ma cage. C'est ainsi que s'endort mon paquet d'os... Triste mais en paix dans ce lit-là car je reste fidèle à moi-même, fidèle à mon Amour-de-Mec.

Je te dirai tout... Je te dirai que je dors maintenant dans le lit du 2e. Je ne sais pas comment, parce que j'estime que même si ce n'est rien, ça risque de ne pas te plaire mais je te le dirai parce que je te dis tout. Je n'avais pas envie de dormir à côté de mon conjoint-coloc. C'est juste plus reposant et confortable dans un vrai lit. Ça s'arrête là. "Fais-moi confiance", c'est ce que je répète dans ma tête. Tu le sais que je t'aime. 

Dans ma cage, il y a une valeur qui m'est fondamentale... les fesses sont intimement liées à l'amour. T'as pas à douter de moi, surtout pas de ma fidélité, Babe. Je te suis toute réservée. Mon coeur c'est toi qui l'habite et mon corps nous appartient, ma langue est tatouée à ta chair.

Le matin, souvent j'ai le souvenir que tu es de passage dans mes rêves. Je rêve à toi, à nous, et on me dit souvent que je parle durant mon sommeil. Cette situation dans laquelle je suis, dans laquelle nous sommes, me perturbe et la peine et la douleur que j'évacue durant le jour, parfois ne suffisent pas. Alors mes nuits servent parfois à régler des comptes avec toi, parfois à passer du temps tes côtés, dans tes bras. Ces matins-là, je me réveille en paix.

Toi, Babe, à quoi tu rêves?...

 

 

Maladroite, inconfortable, je t'annonce...

- Je suis retournée dans le lit du 2e. C'est là que je dors maintenant.

- C'est une bonne nouvelle!

 

À bout portant

Tu m'as atteinte

Une balle me transperce la tête. 

...mais c'est sûrement que tu veux mon bien parce que quand on aime quelqu'un, on ne veut que son bien et là, au 2e, c'est un vrai lit. C'est mieux et plus reposant, c'est tout.

 

Là, j'y dors et j'y rêve. Dans le lit du 2e, comme sur le matelas du futon au sous-sol,  je ne suis jamais seule... dans ma cage, je dors avec toi.