image

Étendue à tes côtés, je respire ton odeur en blotissant mon visage contre ton cou. Je respire ta peau, l'odeur de tes "4,16 -androstadiène -3 one" me font oublier celle du caoutchouc. Tu me serres fort dans tes bras. Je recule la tête pour voir tes yeux. Mon coeur et ma tête se mettent de la partie pour te dire à quel point mes sentiments pour toi sont forts mais ils ne s'entendent pas sur lequel choisir. Deux phrases se bousculent.

"Je t'aime." contre "Je t'adore."

L'amour, tout purement et bien profondément est certes ce qui m'habite mais j'ai envie de le graver dans ta tête que je t'aime et je t'aime à en mourir alors au dernier moment, avant que mon souffle ne prononce ces mots, j'opte pour ceux qui ont le plus de poids...

Mes pupilles enlignées sur les tiennes... Je te souris...

"Je t'adore."

La phrase toute simple venait à peine d'atteindre tout doucement tes tympans que t'as levé les yeux au ciel. T'es resté muet. (Tu m'as tiré dessus.)

 

Dans ma tête, j'ai perdu connaissance.

 

T'as pas compris? J'ai mal jugé le poids de mon propos et ai mal choisi mes mots? Non, ça n'a rien à voir. Je n'ose plus dire un mot.

On se lève du lit. Tandis que tu mentionnes en t'enfargeant dans tes mots que les draps auront besoin d'une "job" de javelisant et que j'acquiesse d'un signe de tête et d'un "oui" quasi inaudible, tu fais semblant de tirer les draps sans toucher au couvre-lit, comme il se doit.

J'imagine la scène à venir... La femme de chambre interpelle son collègue : "Chambre 216. Une victime, une autre, vient d'y laisser sa peau la pauvre. Viens qu'on sorte de là le matelas."

Je prends mes vêtements et me dirige à la salle de bain. J'y rhabille mon squelette avec mon linge laid et plate. Je sens que j'ai l'air de rien. J'ai envie de pleurer my Love... My quoi?  Je me déteste.

 

Je sors de la salle de bain. Tu es debout, nu, juste devant la table de chevet. Je t'ai regardé comme un scanner et je t'ai pris en photo tel quel. De la tête aux pieds. Tout nu. Tes fesses avec. Et je t'ai classé dans ma mémoire pour la vie. Ton corps, ta peau, elle y a sa place comme au musée. À compter de ce moment, je te verrai nu quand bon me semble. Je sais où tu te trouves. T'es beau, je t'admire, je t'aime mais tu m'as tuée.

La lame du saignoir que tu tiens dans ta main gauche m'a ouvert le corps et t'as posé tes yeux sur l'envers de ma cage. T'as vu ma couleur interne, t'as vu l'intensité de l'amour que j'ai pour toi, imprégnée sur les draps blancs. C'est le comble de la nudité, de la transparence.

 

Je sors d'ici et y'a du sang partout.

Ça sent la boucherie, du côté du lit comme dans la salle de bain.

 

Mes jambes peinent à me supporter. Ma respiration est saccadée.

Aide-moi! 

Je t'en prie, serre-moi, serre-moi dans tes bras...

 

Ces mots culbutent dans mes pensées.

 

 

... All I ask is ...

 

... All I ask is if ... This is my last night with you ...

 

 

 

(M'aimes-tu?)