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Depuis la chambre E70* où on s'est retrouvés enlacés toi et moi il y a de cela six mois, mes doigts n'ont pas touché la peau de quiconque. Ma langue tatouée d'un p puis juste dessous ton nom entier est restée propre et fidèle. Mon regard n'a pas fondu dans celui d'un autre. Mes mains sont restées vides, sèches, froides. Mon coeur t'appartient comme il t'appartenait hier. T'es parti, peut-être, mais je suis restée. Restée bien réservée à tout ce qui te constitue, par choix. Parce que je suis fidèle à moi-même, à mon coeur aussi. Je me respecte, je nous respecte. Je me félicite de même que mon intégrité et j'en fais une affaire bien personnelle. Comme en 1917... 2013 a eu sa conscription entre toi et moi! Puis tu reviens dans mes bras...

Et alors on fait quoi? Je me place comment? Je te touche ou pas? Je les mets où mes mains? Comment on fait déjà? Je t'aime. Je t'embrasse, tes mains sont partout sur moi. Partout. Mes mains caressent ton visage, tes cheveux, ton dos. Ton dos, tes cheveux, ton visage. Tes épaules aussi mais très peu. Puis ton visage encore. Tu es beau à mourir. J'ai oublié mon désir de te lécher partout, pourtant, il est bien présent.

Je t'aime en camisole de force. 

On s'embrasse et on se frenchkiss, les draps se froissent. J'oublie le couvre-lit. Je pense que je vais te renverser mais ne te renverse pas. Babe. Babe. Je n'ai qu'un mot qui me vient à l'esprit, Babe. Et je te le souffle à quelques reprises tandis que tu restes muet, tu ne m'entends pas.

- Quoi?

- Babe (C'est pour te dire que je t'aime.)

Puis tu me renvoies la pareille...

- Babe (Tu m'aimes, j'imagine.)

Je me tais.

 

Je suis amoureuse et je m'oublie tandis que tout d'un coup, un chronomètre se met en marche dans ma tête. Je le tue.

 

Les doigts de ma main gauche croisent les doigts de ta main droite, je les vois, les ressens. Le temps s'arrête. C'est intime et j'adore cette action, aussi banale puisse-t-elle être. À partir de ce moment, ce geste s'ajoute à nos actions personnelles. Après le p et ma langue tatouée, ma main gauche ne croisera plus les doigts de quiconque. Je place cette action et la photo sensorielle s'y rattachant dans ma filière Amour-de-ma-vie-que-tu-es-Babe. La filière est soigneusement classée dans mon cerveau, photo et référence. J'en fais une affaire bien personnelle.

 

Mon univers se dessine ainsi... Ma cage thoracique, ma boîte de verre, ma cellule. Ta main gauche sur mon coeur. Ma main droite sur ton poignet. Ma main gauche les doigts croisés avec ceux de ta main droite. Ma langue tatouée. Mes yeux... fermés.

 

Deux amoureux sous les draps. Dans le lit, ça pu le condom pour la première fois depuis qu'on se fréquente. Tu me l'avais dit via texto plus tôt ce matin... Si t'es "menstrue" (sic), c'est pas grave, mais ça sentira le caoutchouc. Tu justifies l'idée en me racontant n'importe quoi. N'im-por-te-quoi. Je ne te demande pas d'explications, je préfère acquiescer et passer par-dessus. On a décidé de ne pas attendre et de respirer le caoutchouc. Ça vient d'où ce dédain que tu as? Sinon... il y a quoi dans tes veines?

Sous les draps, je te demande...

"T'as eu d'autres relations depuis la dernière fois?" (Tu sais très bien ce que je veux dire.)

Tu me regardes dans les yeux...

- Non.

(C'est bien normal. J'ai fait pareil Babe. Bien... Pareil... Faut s'entendre... Tu t'apprêtes à me tirer dessus mais ça, en ce moment, je ne le sais pas encore alors...)

Je suis en paix, heureuse, très heureuse. J'ai confiance Babe. T'es mon grand amour. Mon grand Amour. Et depuis ce matin-là, il n'y a personne sur terre qui connait mon corps mieux que toi. Personne.

Alors je classe tes doigts, mon corps... Dans ma filière. J'en fais une affaire bien personnelle.

 

"M'aimes-tu?"

 

 

 

* (Réf. texte "Chambre E70", catégorie "Partie 5 - Il est beau, il est fort le grand amour")