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...quand on a le coeur brisé et qu'on se retrouve en miettes.

 

J'attends mon tour dans la salle d'attente. Les jambes croisées, des étiquettes autocollantes destinés au médecin entre les doigts. J'ai le temps de lire plusieurs fois mon adresse et ma date de naissance qui y sont inscrites avant qu'on m'appelle. Les autres patients qui attendent ont l'air plus mal en point que moi mais ça, ça ne se mesure pas vraiment de l'intérieur.

 

Mon tour. Je dépose les étiquettes autocollantes sur le bureau du médecin. C'est mon médecin de famille. Il connait mon conjoint(-coloc), mes enfants aussi.

 

Le médecin me questionne sur ma santé en général, mon emploi du temps... Tout va bien au travail, je me plais bien dans mon emploi... Ma voix est bonne, j'ai aussi bonne mine, je crois. Examen de routine. J'ai encore perdu du poids depuis ma dernière visite, pas mal d'ailleurs, mais ça s'explique bien, je pratique la course à pied au moins trois fois semaine et je ne mange plus aucun aliment transformé. 

 

Tout va bien, je souris, je ne suis pas malade! (Je suis peut-être en dépression quand même... Alors je me lance...)

 

"- Docteur, je pleure tout le temps... (Je suis archi mal à l'aise...) J'ai rencontré quelqu'un, ça n'a pas duré (j'essaie de minimiser l'affaire) et on s'est quitté, ça me fait de la peine. Est-ce que ça se pourrait que je sois en dépression?

-  C'est une peine d'amour, c'est tout!

- Ah? Ah bon. Mais ça fait des mois que ça dure.

(Je me suis déjà informée sur le sujet et je sais très bien que la durée moyenne des peines d'amour mondiales est en hausse à cause de moi.)

- C'est le temps qui arrangera les choses."

(Bon bien ça tombe sur la bonne personne... En terme de patience, là encore je bats des records! Ça fait tellement longtemps que j'espère passer un peu de temps avec mon amour-de-Mec-fantôme-qui-me-drague-à-l'épistolaire que je saurai bien tenir jusqu'à ce qu'elle passe, cette peine d'amour!)

 

Il poursuit avec une question d'usage...

"- Tu n'as pas besoin de passer un test de dépistage des ITSS? T'as pas sauté la clôture de toute façon?"

C'est LA question qui fait qu'on remet tout en question. Ça ne se peut pas. Il est propre, honnête, on se l'est dit lui et moi, nous sommes en bonne santé. Son asthme, même si je souhaite plus que tout la lui soutirer par mon souffle, c'est impossible d'attraper ça. J'ai l'impression de toucher terre pour un moment. D'ailleurs j'ai une brèche dans mes pensées qui laisse passer un faisceau de conscience... Figée, je lance une réponse on ne peut plus floue...

"- Non. Mais ça serait une bonne idée le test de dépistage.

- Si j'avais su plus tôt... Il faudrait prendre un nouveau rendez-vous, le temps file...

La brèche se referme presque aussitôt...

- Bien non, c'est correct, j'ai confiance, c'est quelqu'un de bien, ce serait inutile. Merci, je rappellerai pour un rendez-vous dans deux ans.

- Si tu as besoin de consulter en psycho pour aider à passer ta peine, je te donnerai une référence.

- Non merci, ça ira."

 

Je quitte le bureau du médecin en me demandant si mon dossier portera dorénavant la mention "infidèle". Du moins, je ne suis pas infidèle avec moi-même, j'assume autant mes sentiments que mes actes. 

 

(C'est correct, j'ai confiance, un test de dépistage, ce serait inutile.)

(C'est correct, j'ai confiance, ce serait inutile.)

 

Mon Amour-de-Mec, quand il m'a dit qu'il avait déjà eu un feu sauvage il y a longtemps, je l'ai pris pour un adolescent innocent qui ne fait pas la différence entre l'herpès buccal et un bouton d'acnée.

Il est bavard mon mec d'Amour. Entre nous, on sait tenir des conversations sérieuses et profondes. Aucune censure, jamais. S'il avait eu quelque ITSS que ce soit, je le sais qu'il m'en aurait parlé. Ça n'aurait rien changé entre nous, je l'aime à mourir.

 

De toute façon, il n'est pas question de transmission de quoi que ce soit. Tout va bien mais peu m'importe... J'aurais toutes les maladies, si elles me viennent de lui, je ne m'en porterai pas plus mal car je l'aime à la folie!