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C'est la deuxième fois que ça m'arrive ce mois-ci. La première fois, je suis avec une collègue de travail et en sortant du commerce, ma voiture ne démarre plus. Cette fois-là, c'est mon conjoint-coloc qui est venu me dépanner. Ma collègue s'exclame :

- Il est vraiment gentil!

- Oui

Il m'a aidé à démarrer ma voiture, je l'ai remercié et la journée s'est poursuivie.

 

Cette fois, comme si le destin nous obligeait à se voir, ma voiture tombe en panne dans la ville du Nord à quelques kilomètres de ton lieu de travail. Le timming semble calculé car quasi au même moment, tu termines ton quart de travail. C'est à toi que je pense bien entendu. Mais j'avoue que cette fois j'ai passé en revue dans ma tête tous mes contacts connus avant de prendre mon cellulaire entre mes doigts. Tu es définitivement ma seule option. Je pense toujours à toi parce que tu m'habites mais pour te demander de l'aide ça frôle l'inconfort. Via texto :

"As-tu des câbles à "booster"? Ma voiture est en panne."

"T'es où?"

"Tout près..."

J'ai attendu quelques minutes le temps que tu ailles voir si tu avais les câbles dans ton véhicule. "Oui j'en ai"

Je suis sauvée!

Tu arrives au stationnement.

 

Tandis que tu te gares à côté de mon véhicule, je me sens dans une impasse. Je ne me considère jamais assez présentable devant toi alors j'évite de me regarder dans le rétroviseur pour ne pas me trouver laide et épuiser le peu d'estime de soi qui me reste. Je sors du véhicule. Je déteste ce moment où tu me vois avec ma jupe grise et marine, un court veston gris deux tons. Quel mauvais choix de vêtements j'ai fait ce jour-là! Je me trouve toujours laide quand tu me vois. Je suis mal habillée. Pour ce qui est des vêtements, jamais, plus jamais je ne porterai cet agencement de vêtements, un agencement qui n'a pas d'allure.

 

Tu descends de ton véhicule.

"T'as fait exprès pour qu'on se voit?"

"Non"

Je n'avais pas besoin de cette claque-là. Tu ne vois pas que je pleure partout en dedans et que je peine à me tenir debout tellement je suis affaiblie de t'espérer (espèce d'abruti)?

 

Au passage, tu as gentiment ravivé ma voiture. Tu m'as aussi innocemment déstabilisée. Dans ma tête, je perds la notion du temps.

Je n'ai plus de rendez-vous.

Je ne suis plus attendue.

Je n'ai plus de travail.

Je suis libre et en vacances.

Je peux me sauver avec toi si tu veux...

 

Tu refermes le capot fortement.  Du coup, je sors de ma bulle.

 

Je me ramène à la raison. Tu m'as bien aidée. Si t'avais une dette envers moi, c'est là que tout se règle. C'est le retour du balancier. Tu m'as traitée de "cheap" la fois où je t'ai rappelé que l'on devait partager le coût lié à la dernière location de la chambre d'hôtel. Bien là, je me tairai à ce sujet pour toujours parce que je ne suis pas cheap sauf à tes yeux (espèce d'imbécile).

 

Tu ranges tes câbles de charge.

 

Je t'ai remercié, on s'est embrassé une fois sur la joue, brève accolade. J'ai inhalé ton odeur, le plus subtilement possible. J'ai pris place dans mon véhicule et tu t'es approché de moi. J'ai figé mon regard sur toi puis j'ai posé mes yeux sur ta main droite qui caresse ma jambe gauche de la cheville au genou. Comme avant. Ne viens pas me dire que je ne te plaîs pas sinon t'es un salaud. Pendant ces quelques secondes, je suis une statue de cire. Le corps en panne, je suis sans mots. La jambe que tu touches, pour un instant, elle ne m'appartient plus. J'ai le cerveau qui fonctionne à plein régime et il ne peut pas en prendre davantage : tout en traitant l'image de ta main glissant sur ma jambe, il capte et enregistre la sensation de ta main sur mon bas de nylon. C'est la première fois où tu touches ma jambe qui n'est pas rasée du matin même. Je me félicite de porter un nylon, le côté rugueux est sans doute moins perceptible et c'est tant mieux. Je peux être laide mais là, si tu repars avec l'idée que je ne prends pas soin de moi, c'est trop.

 

L'esprit me revient : "On m'attend en succursale, je dois y aller."

 

Esquintée, ce jour-là, j'annule ma troisième visite de l'après-midi. Je pleure mais je ne rage pas cette fois. Je pleure d'ennui. D'un ennui profond. Je garde espoir : demain ça ira mieux. J'essayerai de passer une journée sans te traîner dans mes pensées car ça m'épuise et je tombe en panne.

 

Quelques jours plus tard, via texto, tu m'embrasses à la 16. Quatre autres journées passent puis tu m'appelles par mon prénom (je déteste ça). Tu me textes un bon souhait : "pas de panne d'auto today". C'est un gentil souhait qui peut signifier : "fais ce qu'il fait pour ne pas qu'on ait à se voir". Pourtant, mon interprétation du message ne s'arrête pas là. Tes vas et viens sur mon téléphone sont incohérents, alors débordant d'espoir ou de naïveté, je ne sais pas, j'imagine que tu voulais dire peut-être dire : "ça m'affecte de te revoir parce que tu me manques aussi".

 

 

T'inquiète. J'ai fait changer la batterie de ma voiture.