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En t'attendant, je m'asseois toute habillée sur le couvre-lit que je n'ose pas toucher avec les mains. Je vois mon reflet dans le miroir qui doit faire le deux tiers de la longueur du lit. La crasse s'étend probablement partout dans cette chambre de motel où les draps sont changés aux deux heures d'intervalle. Tu penses pareil. De la salle de bain, tu me lances:

"Ne t'asseois pas sur le couvre-lit!"

"Je reste habillée, ne t'en fais pas."

Ce n'est pas chic cet endroit. Ça ne me plaît pas. Je n'aime pas le décor, le seul souvenir que j'en garde c'est que c'est sombre. Dans mes rêves, ce n'est pas ici que je te rencontre. Là où je nous souhaite, la chambre est épurée, claire, le décor est au goût du jour, l'air est frais, ça sent bon, ça sent propre, les murs sont bien isolés et surtout, surtout, le temps n'existe pas. Là où je rêve de te voir, il n'y a pas de femme de chambre qui attend au pas de la porte pour changer les draps...

 

Mais ce qui compte, c'est que l'on soit ensemble parce que tous les deux, on brûle d'envie l'un pour l'autre. C'est de l'amour, purement de l'amour.

...Et pour t'apprendre que cet endroit me déplaît (et pour ensuite te dire que ça m'importe peu puisque j'y suis avec toi) je lance :

"Je ne peux pas croire que je suis ici dans une chambre de motel."

 

Ça sent le coup de grâce l'instant où le son de mes paroles se rendent à tes oreilles, que tes tympans se font marteler, que ton cerveau analyse et formule une réponse réfléchie et ressentie, que tu la souffles avec une diction impeccable et qu'elle se rendent à mes oreilles, que mes tympans se font marteler, que mon cerveau analyse et absorbe le coup...

"On peut s'en aller si tu veux."

 

Mes paroles qui devaient suivre sont avortées. Je reçois le coup de massue droit derrière la tête, l'onde de choc file droit au centre de ma cage thoracique. Ça ne s'annonce pas comme je l'imaginais. Ma petite voix me crie par la tête : "Ce n'est pas de l'amour qu'il a dans le ventre le mec dans la salle de bain qui vient de te lancer des propos qui tombent dans la catégorie du je-m'en-foutisme" (Tais toi imbécile et menteuse de petite voix que tu es.) Je te réponds :

"Mais non, on reste voyons!"

 

Je ne sais pas ce que t'en penses. Je me tais tandis que tu me rejoins au lit. Sans toucher le couvre-lit, on s'étend sous les draps. Je n'ai pas envie d'en savoir plus. Je te regarde, te souris, t'enlace, je suis bien dans tes bras. Toi aussi. Le temps s'arrête.