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Ça a pris deux semaine et on m'a engagée. Je travaillerai sur la route en représentation dès janvier 2014 et on m'invite à me joindre à l'équipe pour une réunion des Fêtes un peu avant, en décembre.

Avec mon futur patron, je négocie nos propres conditions : "Pour éviter le trafic, je veux le territoire du Nord. Pas le sud. D'ailleurs, oubliez-moi si j'ai à me déplacer au Sud." (C'est surtout pour ne pas trop m'éloigner de toi. Parfois, je serai tout près de ton lieu de travail et on se verra peut-être.) Les territoires des autres représentantes seront modifiés pour m'accomoder. C'est très gentil et flatteur de la part de mon employeur.

Je négocie aussi l'idée de considérer les cinq années que j'ai passées à l'emploi de cette compagnie trois ans auparavant pour le calcul de mes semaines de vacances. Tout est accepté. Je jubile tout en étant ébranlée par l'idée de perdre toute cette liberté que j'avais et d'être dorénavant restreinte au niveau des possibilités de te voir (comme si on se voyais souvent, ce qui n'est pas le cas mais je rêve, je rêve, j'espère et patiente). Je me demande ce que tu penses du nombre de semaines de vacances qui me sont allouées. Je m'imagine que tu serais content ou du moins que ça te conviendrait.

Décembre. Je revois des collègues que je n'ai pas vues depuis trois ans. Je reçois toutes sortes de questions et de commentaires... Pour assurer une constance dans mes messages, je me suis conditionnée à toujours revenir sur les mêmes réponses sans entrer dans les détails. Des collègues, ce n'est pas des confidentes.

"Pourquoi tu reviens?"

- J'en avais assez d'être dans mon sous-sol. J'avais envie de voir du monde.

"T'es bien maigre, regarde ça, c'est tout petit" dit-on en me prenant le poignet.

- Je fais de la course à pied (c'est pour exulter une quelconque forme d'hyperactivité, un effet de l'amour fou) et je contrôle mon alimentation (je suis amoureuse finie d'un Mec et des papillons actifs dans mon estomac me coupent l'appétit).

"Es-tu malade?"

- Mais non! (Je suis malade, oui. Je suis la moitié de moi-même de corps, d'esprit et mon d'estime de soi écorchée s'apprête à chuter mais ça, je ne le sais pas en ce moment.)

Au resto durant le cocktail, entourée de ces ex et futures collègues, je prends mon cellulaire et te texte parce que je me sens loin de toi et incomplète. Un texto tout simple (vide) comme ceux que tu m'envoies quand tu veux savoir si je pense à toi (j'imagine), un texto tout simple (vide) comme ceux que je t'envoie quand je veux savoir si t'es en vie (où va ton souffle) et pour que tu saches que je pense à toi.

Tu me réponds. Sur le tintement du téléphone, je ressens une soudaine tachycardie et un élan de bonheur concommitant. Je regarde alors l'écran :

"Cochonne"

Je le remets dans mon sac à main

Lentement, une faux me tranche le cou

Puis frôle mon plexus solaire

Je retiens mes larmes

Je me retire dans la salle des dames

Les quelques gorgés de Cahors qui ont coulé sur ma langue (tatouée) remontent par mes glandes lacrimales

Je ferme la porte derrière moi et essuie mes larmes

L'estime de soi me sort par le cou au rythme accéléré de mon artère 

J'ai affaire à un homme vulgaire

Je reprends mon cellulaire

Je l'aime, lui. L'alpha mal léché.

Alors je lui sauve la peau des fesses...

"Non, Amoureuse"

 

La saignée se poursuit...

"Retourne à ton cocktail", "Pas solo bye"

Blackout.

Des becs sont perdus.

Je ne me souviens plus de la suite sinon que j'ai souhaité que personne ne me voit avant que je sorte de la salle des dames de crainte qu'on ne remarque mes yeux rougis.

 

Naïve?... C'est parce qu'il m'aime qu'il me traite ainsi. Ça fait partie de notre intimité. Il est bien, je suis bien. Entre nous, on se dit tout. C'est ça des complices, des vrais. S'il m'invite à retourner au cocktail, c'est sûrement qu'il se soucie de ma... réinsertion sociale!

Tous les deux, on se souhaite du bien.

En prenant place sur le matelas de futon dans le sous-sol, je te souhaite tout doucement en disant tout bas comme à tous les soirs : "Bonne nuit, Babe".

 

J'ai alors la faux qui me transperce le thorax en t'imaginant avec une autre dans les bras et mon esprit part en lambeaux, mon corps se décompose.