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"Ce n'est pas banal si je me suis déshabillée devant toi. Si je l'ai fait, c'est parce que je t'aime. C'est parce que tu m'aimes aussi. Parce que l'amour entre nous est si immense qu'il déborde et alors nous, on se désire. C'est de l´Amour, Babe. Ce n'est pas une game. Ce n'est pas de la frime."

"Excuse, je ne le voyais pas ainsi je vais te supporter du mieux que je le peux."

Tu me demandes si je t'en veux. (Je me demande quelles sont tes valeurs.)

Je ne sais pas quoi te répondre. Je suis démolie. Mon coeur saigne, mes yeux aussi. Ma tête ne veut pas y croire. Je perds mes cheveux.

La maigrichonne aux yeux de reptiles, celle qui perd conscience de ce qui l'entoure, celle qui ne parle plus, qui n'a plus un brin de patience, celle qui n'a plus suffisament d'énergie pour rester assise le temps d'un repas, qui fuit sa famille et ses amis, celle qui se fait tirer sur son estime de soi, celle qui se cache pour pleurer du sang ou crier sa douleur et son amour fini pour le joker, c'est moi.

J'ai tout le temps froid. Je vis dans le sombre. Je dors sur un matelas de futon placé sur le plancher du sous-sol depuis que des enfants ont sauté dessus à en briser la base. On a mis mon lit au chemin le troisième mercredi de novembre. Novembre amène des températures plus fraîches, je suis constamment réveillée par le démarrage automatique du foyer au gaz. Je passe par-dessus ces inconforts. Ce qui m'importe, c'est que tu ailles bien.

En pseudo super héro, tu fais de ton mieux pour me supporter, comme entendu. Ton support apparaît sur l'écran de mon cellulaire  :

"Pas de panique mais pas d'attente svp"

"Sois forte voyons"

Dans un mois, à la veille de Noël, on se rassemblera tous de nouveau, chez toi cette fois, pour célébrer les Fêtes. Ton empressement à tout régler d'ici-là est palpable. Le décompte est commencé. 

Dans ta tête, plan A et plan B se chevauchent. Parfois t'es amoureux, parfois tu me boucles. Ton hypothalamus baigne dans une soupe aux pétales de marguerites.

 

Un midi de semaine fin novembre, je me pointe sans rendez-vous au salon de coiffure. Si je ne peux rien contre mes sillons de peine autour des yeux, vaut peut-être mieux attirer l'attention sur des mèches. Quelle gentillesse il a, le spécialiste en coloration, de bien vouloir déplacer son lunch pour me rendre service! Il terminera avec sa cliente puis il sera disponible. Je me dirige à l'arrière du salon... Je reconnais la femme aux racines encrémées : une ex-collègue de travail.

Je me cloue sur la chaise tournante derrière elle et souhaite qu'elle ne m'adresse pas la parole.

- Sonia?

Je lui raconte alors comment ça se passe au bureau (je ne le cache pas, c'est mon sous-sol)... "Assez occupée!..." (Je passe mon temps à pleurer et à surveiller mon téléphone et mon ordinateur dans l'espoir de lire une communication de mon Mec ou j'écris, j'efface, j'écris, j'efface, j'écris, j'envoie, j'attends. D'ailleurs, pendant que j'attends mon tour pour changer de tête, j'ai hâte d´ouvrir l'écran de mon ordinateur et je rêve d'entendre tinter mon téléphone.) Je n'ai rien à dire. Pour forcer la conversation, je lance que je m'ennuie d'être dans mon sous-sol (en vérité, je m'ennuie de mon Mec). Je finis par lui dire que j'ai envie de voir du monde (j'ai envie de voir mon Mec). Dans le fond, je n'ai pas plus envie de voir du monde qu'elle ne m'adresse la parole. J'ai envie de pleurer. Tiens, je vais la faire parler...

- Ça va dans le domaine?

- Occupé! On cherche à embaucher. Si tu veux, fais-nous parvenir ton curriculum vitae. (Je connais toute l'équipe, de même que le directeur. J'y ai travaillé durant cinq ans avant de quitter pour occuper des fonctions principalement administratives pour ma propre entreprise. Au final, forcément à temps perdu, faut-il préciser.)

 

Je suis sortie du salon bien mèchée... les cheveux qui me restaient amincis, disons brûlés par le décolorant. Je ne retournerai plus jamais dans ce salon.

Je fais un coin de rue et m'arrête dans un autre salon de coiffure. "J'aurais besoin d'une coupe, quelqu'un est disponible?" Une coiffeuse de mon âge, bien équilibrée, zen, se chargera de travailler ma coupe.

Elle analyse ma chevelure. T'as vraiment les cheveux minces mais vois... ça repousse. Pour aller chercher l'épaisseur, dit-elle, il faudrait couper pas mal! Elle semble inconfortable. "T'es pas obligée de me répondre... T'as eu un choc récemment?"

"Oui, je suis passée par des moments difficiles. Ça va maintenant." Je regarde par terre.

Les mots qui sortent de ma bouche par la suite indiquent pourtant que ma tête ne m'appartient pas : 

"Juste les pointes, coupez juste les pointes s.v.p."

 

Je suis rentrée chez moi et j'ai essuyé maintes et maintes fois les touches de mon ordinateur sur lesquelles perlaient des gouttes d'eau de mer tandis que je paufinais mon curriculum vitae.

Si on m'embauche, qu'est-ce qu'on va faire my Love?

Qu'est-ce qu'on va faire de nous?

Je suis déchirée entre l'idée de me mettre en cage dans un emploi salarié et la perte de ma liberté et de ma vie avec toi. En même temps, je me demande... Toi? T'es où en ce moment? Tu fais quoi? J'éclate en sanglots et je prends le large.

 

J'envoie mon cv.