image

Nuit du 18 novembre 2013. Je ne dors plus. Moins que rien, dans mon lit du sous-sol, je pense sur papier. Compte-rendu de moi, de toi, d'eux, de nous, d'elle... la game.

Un bon printemps, il m'a donné un 2 de trèfle. J'ai saisi la carte sans en connaître les règles. Puis j'en ai pris une et une autre au hasard. Parfois je piochais, parfois on me les remettait. Je me suis retrouvée avec 26 cartes dans les mains. Puis chacun son tour, on discartait. Au début, des cartes sans grande valeur. C'est le moment d'évaluer l'adversaire, voir à qui on a affaire. Dans son jeu, que des belles cartes, toujours bien placées. J'adore. On a établi les règles, c'était nécessaire.

Un jour, il m'a demandé si je jettrais bien ma dame de coeur. J'ai pris mon temps, sondé tout mon être puis j'ai mis cartes sur table. J'étais prête, il est mon confident. De ma main droite, j'ai placé devant lui ma dame de coeur.

Ce n'est certes pas sa première partie ("La rose de St-Exupéry n'est pas sotte", dirait Voltaire) mais je m'en fous.

Dans le fond, je ne joue pas : la table qui nous sépare n'est que virtuelle. Mon adversaire a disparu. On fait équipe, c'est certain.

Il ne joue pas lui non plus. Je le vois dans ses yeux, je l'entends, ses paroles, son ton, ses mains. Je le respire, je le sens dans mon coeur, mon ventre, mes veines, je le sais et lui c'est pareil, je suis son soleil et sa lune. Il est mon soleil et ma lune. Le climax. 

Puis, un soir d'automne, le chaos...
Sa dame de carreau a lancé l'as de pique.
Subitement, je me suis levée de ma chaise. Sans hésitation, j'ai jeté par-dessus mon as de coeur et j'ai gardé la main droite dessus. Fortement appuyée.
Ma main gauche essuyait mes larmes.
J'étais vidée. Vidée et sincère.

L'autre, lui, jubilait peut-être.

 

J'ai dévoilé toutes mes cartes; à partir de ce moment, plus aucune ne m'appartient.

Je ne peux plus renchérir.

Les mains vides, je lève les yeux et vois bien qu'il lui en reste deux.

Je suis faite devant ses deux jokers.

Pourtant, je le sais depuis un bon bout de temps qu'il les a, il me l'avait dit, mais je ne joue pas.

J'aurais dû déclarer forfait bien avant mais j'attendais qu'il lance les jokers avant de me lever de ma chaise. On fait équipe après tout et bien plus : on est âmes soeurs. Amoureux.

Il a traîné. Cachotteries, histoires, trahison, insultes, humiliation, indifférence. Ma main gauche, encore et encore, ma peine... Pendant près de deux ans et encore aujourd'hui. Encore.

Je vois tout défiler et chaque fois, je me convaincs que c'est de la maladresse, juste de la maladresse qui se passe de commentaire. Pourtant, devant un joueur floué, le joker occupe tout le terrain. Son terrain de jeu.

 

Haut la main, j'ai perdu my Babe, mon Amour.

Ma peine? Mon vide? Ma rage? Il comprendra, je lui dirai ce qui ne va pas.

 

Même s'il se perd, cet Amour qui m'habite ne s'épuise pas. C'est ce que j'ai de plus beau. Le reste, c'est de la maladresse.

 

Lui, je le Love.

La main droite sur l'as de coeur.