image

Passée le poste de sécurité à l'aéroport, avant même que je mette les pieds dans l'appareil ailé, je goûte l'incorfort lié à la distance qui nous sépare et je m'ennuie déjà. 

Las Vegas. Je débarque ma moitié dans la ville de la démesure avec une moitié d'enthousiasme. Avant même que l'avion ne se pose au Nevada, je recule ma montre de trois heures et établis quelques points de repères entre ton heure et la mienne... Je me lèverai trois heures après toi. Quand tu termineras ta journée de travail, je serai en après-midi. Quand j'irai au lit, tu seras dans les bras de morphée depuis quelques heures déjà.

Sur place, je n'ai le goût de rien mais je me secoue car je resterais assise dans la chambre d'hôtel à attendre le vol de retour. Je n'ai pas besoin de sortir : j'ai emporté avec moi des noix et des craquelins, ça pourrait me suffire. Entre mes épisodes de papillons surexcités quand un quelconque petit signe de toi se manifeste, c'est ainsi que je nourris leur milieu naturel. Durant mon séjour loin de toi, je ne compte pas changer cette habitude. Je m'efforce toutefois à socialiser mais j'ai du mal, je reste un peu à l'écart du groupe sinon je les accompagne de corps, mon esprit, lui, est à demi présent. Je me lève tôt et me couche tôt, comme si je ne pouvais ne pas trop décaller mes heures d'avec les tiennes. Je te suis en pensée autant que je peux.

Autrement dit, je me mets entre parenthèses pour une durée de quatre jours. Quatre jours à traîner ma carcasse, l'esprit ailleurs, la tête vide, loin de ma moitié, à fermer les yeux chaque soir et à rêver que tu sois ici avec moi. Je serais complète et tellement heureuse! Je m'ennuie mais le soleil se lève aussi sur Vegas... Je tiens le coup. Loin de ma zone de confort, cette fois je laisse la cadence de mes battements de coeur ralentir et ma gorge se nouer par grands coups d'ennuis. Je compte les minutes à rebours... Je passe quatre jours dans un état qui s'apparente à celui d'un zombie.

Nous formons un groupe de six. Mon amie d'enfance et jubilaire, son conjoint, ma soeur, mon best friend du secondaire et son chum.

Tous les six, on se trouve dans LA ville des grands spectacles! On ne peut pas fouler le sol de Vegas sans goûter à la vie nocturne, les clubs, les spectacles, les casinos... Il y a tellement à voir et de tout pour tous les goûts que le groupe se sépare. Je sortirai! J'achète mon billet de spectacle pour le Cirque du Soleil avec ma soeur et mon amie jubilaire qui ont insisté pour que je les suive. Assise sur un tabouret, accoudée à la table, j'ai envie de dormir. Le spectacle se termine, en chemin vers l'hôtel, on s'arrête toutes les trois pour prendre un verre dans un bar mais je ne prends rien, je les accompagne de corps. On se retrouve avec des gens d'ailleurs, je n'ai rien à leur dire et je suis incapable de suivre la conversation... Je pense à toi qui dort en ce moment et mon corps me presse de faire de même.

Durant le court séjour, mon best et son chum ne cessent de se disputer. Rien ne va tandis que mon amie profite de son anniversaire et séjour à Vegas pour renouveller ses voeux de mariage... La totale. Limo surchargée de néons, fleurs artificielles, Elvis, quelques applaudissements, photos dans un décor, oui c'est ça: un décor. J'assiste à une mise en scène copiée-collée, des "Oui je le veux", un bec, photos, paiement, next. J'applaudis la conclusion. Je ne crois pas aux contes de fée arrangés. Le mien, il est authentique.

Un choix s'impose : tour d'hélicoptère ou essai de tir au fusil? Je me dis (et je l'ai déjà lu quelque part mais je ne sais plus d'où ça vient): "J'ai l'air calme mais dans ma tête, je t'ai tué trois fois", (ne serait-ce que cette fois où j'ai fermé toutes les portes possibles derrière moi). J'opte pour quelque chose de totalement nouveau : le tour d'hélico! Oui... le tour d'hélico. Le groupe est d'accord, Viva la vida!

Chaque fois que je mets les pieds dans un hôtel lors de promenades, chaque fois que je lis quelques détails sur tel ou tel spectacle, je me dis que je reviendrai. Un jour, je foulerai Vegas tes pas à côté des miens, ma main dans la tienne. Ce jour-là, je voudrai visiter Vegas mais ce qui m'allumera c'est de voir tes yeux la regarder et de respirer ton souffle du Nevada.

Dernière sortie : j'accompagne notre groupe dans un resto chic. On me prend en photo avec un sushi sur baguette. Je partagerai sur le réseau social. Ce fût une belle soirée mais j'écourte. Je rentre : j'ai envie de dormir quelques heures en même temps que ma moitié. Puis le lendemain, comme chaque matin, je me lève aux petites heures pour une course au désespoir de mes amis qui me trouvent trop maigre. Je saute le petit déjeuner, mes papillons sont déphasés.

Je pose les pieds dans ma zone de confort en débarquant de l'avion à Montréal. L'air est frais et léger, je suis à quelques dizaines de kilomètres de toi. Je rentre enfin.

 

Tu me textes : "Tu es jolie avec le sushi en bouche"

 

Je souris... On ne s'est pas perdu.