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La mission 3 s'avère un échec. À mon retour, on n'arrive pas à se voir, à ma grande déception. Tu déballes ta liste d'objections. Pour m'aider à passer au travers, je me convaincs que tes objections sont valables... Nous n'avons pas de chance, c'est dommage.

Les jours passent. Il faut que je te vois! Il faut! J'ai quelque chose à te remettre et depuis mon arrivée, j'ai sorti de mes valises tout ce que j'ai rapporté. J'ai glissé ton cadeau dans le tiroir de ma table de chevet. On ne peut pas se voir? D'accord! Je t'enverrai la patate chaude par courrier spécial alors! Je me rends au bureau de poste, prépare un envoi spécial et je le fais livrer à ton travail. Sans te dire ce que c'est, je t'informe que tu recevras un colis. C'est une heureuse surprise pourtant! C'est avec plaisir que je l'ai choisi, que je l'ai rapporté et que je te l'offre... Ce n'est rien de déplacé rassure-toi.

La poste fait une erreur de code postal de sorte que le colis se perd. Échec.

Ça t'énerve, je le sens. Échec.

Tu finis par le recevoir, tu l'ouvres, tu le fous aux poubelles.

 

"J'ai reçu l'envoi, avec beaucoup de retard!"

"Tu aimes? Tu as goûté?"

"Oui!..."

(Oui? Je ne questionne pas davantage, tu ne m'en diras pas plus... Je t'aiderai à ne pas me mentir.)

J'avais juste envie de te faire plaisir. Échec.

Juste envie de te faire plaisir.

 

 

"Où es-tu?" est une question qui doit certainement faire partie de tes messages textos pré-enregistrés. Je te réponds toujours avec exactitude. Moi aussi j'aime savoir où tu es. Et si jamais on se trouvait à être à une certaine proximité, bien on aurait peut-être la possibilité de se croiser quelque part? J'espère tellement que ce soit le cas, j'espère tellement, tellement! J'aime te dire où je suis puis te laisser évaluer si c'est possible ou non qu'on se voit tous les deux. J'espère et t'espère comme une gamine. Je suis toujours, toujours prête à dire oui pour te voir. Mais la proposition ne sort, maintenant, qu'occasionnellement de ta bouche, de tes doigts.

Peut-être que tu ne le sais pas à quel point j'espère te voir. Pourtant, j'espère ce moment chaque seconde comme si demain n'existait pas mais demain existe et j'espère encore. 

Si demain ne venait pas, ce serait la fin. Et la fin je la veux dans tes bras. Étendue là près de toi. Ainsi, sans souffle. Ce n'est pas grave le souffle au lendemain qui ne vient pas. Mais nous l'avons ce souffle et on ne se voit pas. Alors mes yeux se ferment, c'est ainsi que j'arrive à te voir. J'essuie mes joues parfois.

Je nous vois tous les deux dans un labyrinthe qui comporte deux trajets qui ne se croisent jamais. Toi le sujet qui le sait, moi le sujet qui ne le sait pas et qui souhaite plus que tout te croiser. J'ai le coeur triste mais tu es là pas très loin alors je suis forte. Sur la carte, tu habites à 40 minutes au Nord de chez moi. Tu travailles à 10 minutes à l'Ouest de chez toi. Tu passes parfois sur la route qui se situe à 7 minutes à l'Est de chez moi pour te rendre à un autre de tes lieux de travail à 30 minutes au Sud. Il est grand ton territoire. Le mien est plus restreint et tu n'y entres jamais ou presque. Ma ville, c'est mon quartier général. À nos débuts, dès que j'en sortais au Nord, à l'Est ou au Sud, j'étais chez toi. Depuis qu'on se fréquente, tout ça a changé. On s'est vu souvent au quatre points cardinaux qui entourent mon quartier genéral. Dès que je sors de chez moi, aussi près que le parc derrière, c'est maintenant notre chez nous. J'ai des souvenirs de nous partout.

Dans ce labyrinthe, toi seul sais trouver mes issues. Tu ouvres des portes et tu les refermes quand bon te semble. Tu sais toujours où me trouver et ça te plaît. Je te cherche tout le temps, tout le temps, et je suis toujours prête à dire oui. Tu m'invites chez toi via texto, quel courage tu as!...

"Viens chez moi"

(J'ai le coeur de gamine qui s'active, j'ai envie d'y croire, je t'espère chaque jour et là, tu désires que j'aille te rejoindre mais ça n'a aucun sens. J'ai des papillons qui s'animent plein mon ventre. Si tu veux me voir, je suis là my Love. Dis-moi où, dis-moi quand, mais pas chez toi voyons! Je sens qu'on se verra. Si tu m'invites, c'est que tu le désires et dans ce cas, personne ne peut nous en empêcher.)

Tu reprends et insistes : "Viens chez moi"

"Tu viens...

Je suis là viens dans la cours...

Je t'attends blondy bobetteless Babe..."

Je suis sur la route alors j'immobilise mon véhicule pour répondre à tes textos: "Attention, je pourrais te prendre au sérieux, je sais où tu habites, je connais ton adresse par coeur, incluant le code postal" (Mais je n'oserais jamais me pointer chez toi parce que j'ai peur.)

Tu laisses passer quelques minutes (je me demande alors ce que tu fais) puis : 

"Elle est la merde" (sic)

J'ai compris : je n'ai pas d'affaire là. Je poursuis ma route jusqu'à chez moi, sans dépasser mon parallèle. Je me suis emballée, j'ai le coeur qui a pompé bien fort pour rien. Je suis profondément déçue, ça me rappelle l'humiliation de la jupette, celle de la bobette aussi. Je suis triste que tu ne puisses pas te libérer. Je suis certaine que ça t'attriste aussi. Ce n'est pas ce que tu désires au fond de toi mais tu es pris. Je retourne chez moi où j'irai fermer les yeux assise à la table de cuisine, un mouchoir au bout des doigts, puis en chiffon au creux de ma main.

Quand t'es pas seul je me retire, c'est mon habitude, une convention à laquelle j'adhère sans qu'on se le soit dit. C'est une règle d'étique entre nous deux. Celui qui reçoit une note "pas solo" cesse de répondre sur le champ. Pourtant, si je te laisse savoir que je ne suis pas solo, j'aime que tu continues à me texter ou à m'écrire quand même. Tu es ma priorité alors je saurai bien m'organiser, solo ou non. Fais ce qui te plaît Babe.

 

Puisqu'en général, tu ne te gènes pas pour me dire quand tu désires me voir, un certain jour, je fais de même. Plutôt que de t'espérer en silence, je te texte...

"J'ai envie de te voir Babe" ..."Alors, on se voit?"

J'ai besoin, j'ai envie de te voir, mon Amour.  Nos déplacements concordent, j'ai du temps, toi aussi.

Mais tu laisses écouler les minutes. En voiture, tu tournes peut-être ton téléphone pour ne pas voir l'écran, je ne le sais pas. Tu files. Tu files.

On se croise sur la route Nord-Sud. Tu me textes : "J'ai vu ta tronche"

(T'as vu ma tronche! Vraiment?)

Je suis sur une voie où il n'y a pas d'accotement. Les secondes sont comptées à un rythme accéléré. À contresens, j'ai l'impression qu'on s'éloigne l'un de l'autre à un rythme impossible à rattraper. Sans m'arrêter, imprudente, je te texte... "Arrête-toi! Voyons-nous un petit moment, stp!" Mais ce n'est pas une simple demande de ma part. Je suis directe, pleine de courage, déterminée et tout au fond de moi... fragile, bientôt pendue... 

Échec et mat.

J'ai poursuivi ma route jusqu'à chez moi. Solo. T'as poursuivi ta route jusqu'à ton travail. Busy.