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Je finis par passer par-dessus cet épisode d'humiliation causée par l'histoire d'un bout de tissu. Depuis ce temps, tu ne réclames plus mes bobettes, tu réclames plutôt mes fesses et ça me plaît. La bobette, on s'en fout royalement. Peu importe ta fixation sur le modèle et la couleur, tout ça, c'est accessoire. On se plaît, on s'aime tout naturellement. Nos rapprochements intimes de décembre m'ont fait oublier que je me suis déjà demandé jusqu'où vont tes blagues après l'histoire stupide de la bobette tant désirée.

Tu me rappelles donc que les circonstances nous obligent à prendre nos distances et que ce ne sera que temporaire. Je serai forte et t'attendrai. Je t'attendrai my Love...

J'ai du mal à passer à travers les semaines qui suivent. Tu occupes constamment mon esprit, tu m'habites entièrement. J'ai besoin de toi et tu n'es plus là devant mes yeux. Tes mains, nos étreintes, tes yeux, nos échanges verbaux, tes caresses de la cheville au genou... Je continue à faire mes jambes tous les jours. Ton respire se disperse, s'estompe au grand air et m'atteint au hasard des vents... C'est bien peu, trop peu. Je n'ai jamais tant désiré respirer le vent du nord. Je ferme les yeux pour te voir de mon intérieur. J'essuie mes larmes.

Mais on ne se quitte pas! Tous les jours, à quelques exceptions près, on s'écrit. J'écris sur les réseaux sociaux et tu lis tout ce que j'y note. (Les autres lecteurs? Tant mieux pour eux s'ils s'y intéressent.) Tu es sans doute mon premier lecteur et toujours, tu réagis en message privé. Tu es là, au bout de mes doigts. Je suis là d'esprit, de corps et j'attends, j'endure l'éloignement.

L'ennuie me suit, j'ai mal, je pleure, mon corps vide et livide se traîne, je me referme sur moi-même parce que je le veux bien, ça nous préserve de tout ce qui nous entoure. Je me nomme d'ailleurs en charge de la garde de notre cage de verre. Ceux qui m'entourent n'y voient rien, personne n'y accède. Tu reviendras. En attendant, j´apprends à me suffire de tes doigts sur les claviers. Je te lis et te relis. J'écris. J'attends. Je ne partirai jamais. Je continue à t'embrasser avec les doigts, tu ne me quittes pas, même à distance tu es présent, nous sommes fusionnels tous les deux. La distance, comme les bobettes, c'est accessoire.

Des semaines passent ainsi et ma peine ne s'estompe pas. Tu me manques profondément, j'essuie souvent mes larmes sur la table de cuisine ou le le plancher de la salle de bain.

T'étais pas supposé t'éloigner ainsi Babe. Souviens-toi. Souviens-toi comment on s'aime tous les deux. Comment t'es venu me chercher. Comment on se fait confiance, comment t'as intégré ma vie, comment on est transparent l'un envers l'autre. Puis le contrat tacite et tout cet amour... Souviens-toi, Babe.

Pourtant, chaque soir, on se souhaite bonne nuit du bout des doigts... Mais encore?

 

Je pleure sur chaque carré du calendrier. À protéger sans cesse notre nous, sans que tu y sois, j'en viens qu'à m'épuiser. L'ennui et la peine devenant insoutenables, je ferme l'ordinateur, range le cellulaire, je me lie les poignets et disparais.

 

Chaque soir, je te souhaite bonne nuit en pensée. Et le drap perd son identité.