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Tu recules ces temps-ci et j'ai du mal à m'y faire, tu me manques beaucoup. Je pleure souvent. Pourtant j'ai aussi, un jour, voulu reculer mais... autrement.

 

Ça y est, je l'ai choisie!

Elle est noire, "straight", classique. Je l'ai portée plusieurs fois.

Elle a pris la forme de mes fesses, de mes hanches.

Elle a l'odeur de l'assouplisseur.

Ce matin-là, je la froisse et la glisse dans la poche de mon manteau.

Je quitte la maison, direction point de rencontre à l'Ouest pour te rejoindre dans un stationnement. C'était en octobre 2012.

 

"J'ai quelque chose pour toi! Tu devines?"

Tu n'arrives pas à deviner.

Je veux disparaître. Je travaille fort pour dissimuler ma gêne. C'est bien stupide tout ça! Pourtant, je réponds à ta requête de don formulée maintes et maintes fois. J'ai un jour commencé à te croire et tu n'as pas cessé de me la demander alors j'en suis devenue convaincue : tu la désires réellement. Mais je ne te demanderai rien en retour, je te surprendrai!

La main dans la poche de mon manteau, je tiens ma petite culotte pliée. En chiffon. Je me demande comment ça se donne une petite culotte. Pliée? En chiffon? Dans un sac-cadeau? Je me sens stupide.

J'ai envie de murmurer ma surprise.

Tout bas : 

"Ma petite culotte!"

Je te la donne.

Tu la prends.

Blackout... "Merci"? (Je ne sais plus.) Tu me la redonnes en soufflant : "...je ne peux pas l'apporter..."

Je la glisse de nouveau dans la poche de mon manteau. Je ne dis plus rien, je souris. Je souris parce que c'était une blague chaque fois que tu me la demandais et que je viens tout juste de la saisir.

Si tu ne t'en étais pas rendu compte, bien là, c'est le bon moment pour réaliser à quel point je te fais confiance, à quel point je te crois sur parole, à quel point je suis complice avec toi. "Donne-moi tes bobettes Babybabe, s.t.p., apporte-les moi..." J'ai pris ma naïveté au sérieux et te les ai apportées. Je voulais te faire plaisir, je me sens humiliée.

Le travail t'attend alors ce petit moment à nous deux s'achève. On s'embrasse et s'étreint. J'ai envie de rester avec toi. Si j'avais plus de temps, je t'expliquerais comment je me sens mais non, tu dois partir.

Offensée, je veux alors te laisser partir d'abord. Je saurai me tenir loin, ne pas diriger mon véhicule à côté du tien.

Je veux te laisser partir, reculer... Mais tu es à deux ou trois véhicules devant moi et c'est encore trop près. Dans ma tête, je veux prendre mon temps sur la route, te laisser prendre davantage les devants. Je veux ralentir, prendre mon temps... En allant droit devant, je me dis que si je pouvais, je reculerais... Puis l'impact. Secouée, j'ouvre la portière et ramasse sur la chaussée des cartes qui se sont éparpillées au fond du véhicule et qui se sont envolées sur la chaussée au moment où j'ai ouvert la portière. Tu me vois faire en tournant le coin de la rue.

Tu m'écris "Ça va Babybabe?"

"Un peu secouée mais rien de grave, je t'appelle quand tout est réglé."

"Texte-moi, c'est mieux."

L'homme de la camionette débarque et s'excuse de ne pas avoir pu s'arrêter à temps, poussé par la remorque. Ses freins ont semblé être défaillants sur le coup et l'impact s'est alors produit.

Le rapport d'accident complété, j'embarque dans ma voiture et te texte :

"Rien de grave, le pare-choc est abîmé, c'est tout. Et quand j'ai offert ma petite culotte à Maurice, il a compris que je ne lui en voulais pas vraiment pour l'accident."

"Nounoune."

(Je souris vraiment. Toute naïve, même humiliée, je te love, You, Babe.)

 

En arrivant à la maison, je suis monté à l'étage puis j'ai rangé dans mon tiroir tes empruntes digitales.

Amoureuse. Humiliée.