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Je ne me considère pas une grande romantique. Je crois que je l'ai rarement été sauf qu'avec toi, ce désir prend naissance dans le fond de mon coeur et se loge entre mes deux oreilles puis me brûle l'intérieur. Je m'apprête à poser un acte de romantisme. J'en suis excitée, j'ai tout préparé.

On arrive au motel, je te suis dans le stationnement. Tu me demandes d'attendre, tu iras seul à la réception d'abord. Il y a des couples qui entrent et qui sortent du motel. Personne ici n'y passe la nuit. À ton retour, tu prends ta valise de travail et tu l'emmènes avec toi. Je te suis, tu as la clé de la chambre.

First thing first, en mettant les pieds dans la chambre, tu déposes ta valise sur la table puis te diriges droit à la fenêtre pour fermer les rideaux.

Je dépose mes sacs sur la table et retire mon manteau rouge. Je m'asseois sur le lit.

- Tu t'asseois sur le couvre-lit...?

- Je suis toute habillée!

Je me lève et tire la couverture. Je ne redépose plus mes fesses "contaminées par le couvre-lit" sur les draps. Tu retires ton manteau puis déboutonnes ta chemise, puis ton pantalon.

Tout ce temps, je me dis tout bas : "Non, ne te déboutonne pas." (Car c'est moi qui veux le faire.) Mais je n'ai pas de voix alors je te regarde mon Amour... Et mon coeur, tu peux le voir pétillant n'est-ce pas? Tu l'entends? Je n'ai pourtant que ça sous ma cage : un coeur hypertrophié.

On s'embrasse, je retire mes bottes de gamine, mes jambières, ma stupide jupe "au-ras-les-fesses", mes collants opaques, mon chandail puis te rejoins sous les draps.

Je suis amoureuse finie de toi. Je ne connais toujours pas les mots pour te le dire. Mais... I'm gonna love you like I'm gonna lose you.

Je te désire à en mourir mais je ne sais pas comment placer ni mes mains, ni ma bouche sur ta peau pour exprimer tout le désir que j'ai pour toi. Tandis que je vis le moment présent au ralenti en regardant tes doigts faire glisser la bretelle bleue de mon épaule gauche, tu vis le moment présent en accéléré. Tu sais comment faire, tu prends tout le contrôle. Tu m'embrasses partout, je ferme les yeux. Je t'embrasse aussi et je t'observe. Nos slips se perdent sous les draps. Tu me sens prête puis je commence à chercher mon souffle. Dans mes oreilles, mon respire résonne à un rythme soutenu. Je te demande de prendre ton temps, je le répète souvent mais mes mots sont inaudibles, je suis au bout de mon souffle. Ma tête qui voulait tant ne sait plus ce qu'elle veut. Les draps s'emmêlent, ils sont sans dessus-dessous. Mon coeur bat pour ne pas se faire abattre. (Dis-moi que tu m'aimes.)

- T'es bien Babe? (Je sais que tu l'es, dis-le moi aussi.)

- Oui, Babybabe et toi?

- Oui. Je souris, je respire normalement, je suis bien dans tes bras, la tête sur ton épaule.

Je me mets alors sur le mode romantique. Celui qui me brûle l'intérieur et qui m'amène loin de mon perpétuel rationnel, celui qui m'habite quand je pense à nous.

- J'ai une surprise pour toi... Tu te rappelles il y a près d'un an?

Tu feins de ne pas savoir, je crois, sinon tu le devines. Je ne le sais plus.

- Ça fait un an qu'on se connaît... Ça fera un an dans 10 jours... Bien pour le souligner, j'ai apporté des trucs.

- Qu'est-ce que tu as apporté?

- Du vin et du chocolat!

- Ah bien non, je ne prendrai pas de vin. Ni de chocolat.

- C'est correct! Je pose de nouveau ma tête sur ton épaule.

Je souris, mais je suis déçue. J'aurai au moins eu le plaisir d'y penser, l'excitation de le préparer, l'audace de le cacher puis de te le suggérer. Résultat d'une première lancée vers le romantisme? 0.

Nous gardons le silence sur nos ébats. On est comme ça nous deux : on fait l'amour motus et bouche cousue, pendant et après.

- Bon bien il faudra y aller, on va se demander pourquoi on entre si tard!

- Je ne suis pas attendue.

Ici, les lits ne supportent pas les draps plus de trois heures je crois. Le lit sur lequel nous sommes étendus en sera libéré bien avant. À voir les déplacements à l'entrée du motel, je me demande si la femme de chambre n'ouvre pas les portes après un certain laps de temps. C'est de l'amour triste qui passe sous ces draps mais le nôtre est différent : il est vrai et profond.

On se rhabille et à ma demande, on s'étreint. À ta demande, on ne flâne pas en sortant; chacun dans son véhicule s'il te plaît. Tu rapportes la clef à la réception, sans savoir que tu pouvais la déposer dans la petite boîte à la sortie du stationnement. Ça suffit pour me rassurer, je me convaincs ainsi que tu n'es pas un habitué de l'endroit.

De retour à la maison, je vois que mon colocataire et les enfants ont joué à "on change de lit". Je suis ravis de l'idée. Je m'étends sur le lit de ma fille, le seul qui est libre.

Je n'arrive pas à dormir... J'ai l´inconfortable sensation de sortir d'un rêve anormal.

(Tu dors où, toi? Tu penses à quoi en ce moment?)